In mémoriam

aux chevaux martyrs

 
 



Les mutilés (1809)

« Je regardais avec indifférence les morts et les blessés qu'on achevait d'enlever, mais à l'aspect des chevaux mutilés, mes larmes coulèrent malgré moi ; ceux qui n'avaient qu'une jambe emportée nous suivaient en boitillant et nous demandaient de les secourir par des hennissements si expressifs, que je leur répondais en moi-même « Pauvre cheval, je t'entends, mais je ne puis rien pour toi, tu dois mourir ici » .
Un magnifique cheval, dont la mâchoire était fracassée vint mettre sa tête sur l'épaule d'un officier et semblait lui dire : « Voilà mon mal, guérissez-moi ». Si je pris plus d'intérêt aux chevaux blessés qu'aux hommes, c'est que les uns recevaient des secours et que les autres n'en avaient pas. » (Souvenirs de la bataille de Wagram par Jean-François, baron Boulart).




Morts au champ d'horreur (1812)

«Ces malheureux isolés se nourrissaient, la plupart du temps, de la chair des chevaux qui tombaient sur la route. On dépeçait ces animaux avant de les tuer ! Malheur à celui qui tombait ! On se jetait dessus et son maître aurait eu quelquefois bien de la peine à le défendre. Les premiers arrivés attaquaient la culotte, le plus adroit ouvrait le flanc et prenait le foie qui était, de fait, le morceau le moins dur et le meilleur. Tout cela se passait sans que personne songeât à tuer la pauvre bête tant on était pressé de se remettre en route […] Avec des fers à glace et quelques soins, on eut certainement sauvé le plus grand nombre». (Mémoires du général de Caulaincourt, duc de Vicence, Grand écuyer de l'Empereur).




Waterloo (1815)

Secteur anglais, trois heures et demi de l'après-midi.
Dans une batterie voisine de la sienne, le capitaine Mercer, de la Royal Horse Artillery, aperçoit, tout en donnant ses ordres de tir, des hommes désharnacher un des chevaux et le chasser.
Blessé, sûrement, pense Mercer, qui est pourtant très vite intrigué par le manège de l'animal : celui-ci va d'un caisson à l'autre, d'où il est repoussé avec impatience par les artilleurs qu'il gêne dans leur travail. Deux ou trois d'entre eux finissent par le tirer vers l'arrière.
A peine a-t-il reporté son attention sur ses pièces, que Mercer entend une "exclamation d'horreur" - l'expression est de lui - poussée par plusieurs de ses soldats.
Cette fois, Mercer se dérange pour faire cesser ce manège qui jette le trouble dans sa batterie.
En s'approchant du cheval, il le voit appuyé à deux de ses congénères attelés à un caisson de munitions, comme pour chercher réconfort auprès d'eux. Les responsables du caisson s'efforcent par la parole et par le geste, mais sans brutalité, de repousser l'animal.
Parvenu près du cheval, Mercer, enfin, comprend la raison de l'effroi des canonniers : un boulet a arraché toute la partie inférieure de la tête, juste au-dessous des yeux. Malgré les flots de sang qui s'écoulent de la blessure, le malheureux animal vit encore, et, de son regard affolé, semble supplier qu'on ne l'éloigne pas de ses compagnons.
Epouvanté, Mercer se tourne vers l'un de ses subordonnés, un vétéran nommé Price, et lui ordonne de mettre un terme à l'abominable souffrance, qui ne peut plus s'exprimer que par cet insupportable regard.
Price s'approche alors de la malheureuse bête et lui plonge son sabre dans le coeur. (Jean-Claude Damamme "La Bataille de Waterloo")




Vision de l'horreur
un cheval projeté dans un arbre
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